Dans un vaste aplat de noir de mars, des petits points citronnés pétillent encore. Regarder. Lever les yeux, les porter vers le ciel d’abord pour dire merci, puis bien en face pour regarder le monde tel qu’il est. 

Colère ce matin, de la rage même, une rage rouge, acide, qui traîne comme la lave de ces volcans qui n’ont plus pu garder toutes ces vérités noires au fond d’eux. 

Elle explose enfin, s’étend vers le ciel tout d’abord, pour redescendre enfin vers le monde et engloutir tous ceux qui n’ont pas su regarder, qui n’ont pas, tout simplement, levé les yeux. 

Et pourquoi ? Fatigue, être blasé, mal payé, débordé… les maux de notre époque. Ce ne sont pas des raisons ni pour ne pas regarder ou pire encore, dire qu’on a regardé alors que ce n’est pas vrai. 

De la rage oui, mais de la tristesse aussi. Des mots (en Français), de la peinture, une musique dans le coin là-bas à droite, un temps long et pesant pour préparer le tout, un monde qui se construit, un univers qui s’en étend, le tout entre 4 murs, pour le simple plaisir de vos sens et enfin, vous, vous qui êtes tout simplement censés regarder, qui pouvaient si vous le voulez comprendre, interpréter, analyser, vous voilà tout simplement absents. Ni les murs vous ont vu, ni vous avez regardé, lu, entendu mais vous voilà pourtant en train d’écrire, et écrire ni les pieds dans l’eau, ni la tête dans les nuages, mais la main qui hésite, le ton qui se veut sérieux, les images qui ne peuvent le concéder. 

Oui, une colère, aussi grande que celle du petit prince quand il dit « Si quelqu’un aime une fleur qui n’existe qu’à un exemplaire dans les millions et les millions d’étoiles, ça suffit pour qu’il soit heureux quand il les regarde. Il se dit : « Ma fleur est là quelque part… » Mais si le mouton mange la fleur, c’est pour lui comme si, brusquement, toutes les étoiles s’éteignaient ! Et ce n’est pas important ça ! »

Pour moi en tout cas, c’est très simple, quand on ne regarde pas, on devient des moutons, c’est comme ça.

Vanessa

Beyrouth, le 1er Octobre 2021