La chanteuse bleue

Beyrouth, Liban

La Thawra gémit au loin. On est le 12 Février 2020…  Le matin s’est levé, le bruit des moteurs (des voitures et des immeubles) aussi. Il fait froid. Je suis assise dehors, les doigts de plus en plus engourdis.

Le ciel est gris, avec des notes bleutées par-ci par-là. On dirait qu’il va pleuvoir. Encore.

Je suis toujours sur le canap avec Prince. Et j’ai compris… ça doit être tes silences qui me font cet effet.

Maintenant que j’ai compris…
Je zappe.

Jeudi 13 Février, 2020

Le temps est las…
De changements qui tournent
Et tournent en rond
Comme une toupie 
Qui reste agrippée à son point,
Son centre,
De gravité.

Sur la lune, il fait froid, moins que d’habitude mais je le sens un petit peu là.
La lune serait-elle au fond un cœur, le mien, qui oscille entre noir et noir, tantôt à l’endroit, tantôt à l’envers… Il flotte. 
Faut surtout éviter les trous noirs, parce que ça serait la grande fin. Grande fin ou éternité, une éternité en boucle, comme un Loop.

Pouf.

Vendredi 14 Février

Thawra ! / Pas internet depuis hier…

Pour avoir tourné cette fois, j’ai bien tourné, je suis montée voir Cohen dans son ‘Tower of Song’, lui aussi, tellement seul qu’il entendait Hank Williams tousser au 100ème étage.

J’adore ces quelques notes bien prononcées de piano par-ci par-là dans la chanson, comme si elles rigolaient un peu. Se suivent, se séparent pour nous laisser pointé quelque part. 

Je m’en vais, je reviens. Je titube, fais quelques pas, redescends 2 marches, m’affaisse me construis de nouveau… 

Il s’agit bien de se reconstruire après une expo. 

Du 9 mai au 1er Juin 2019, à ARTLAB, a eu lieu ‘Une mélodie dans mon bleu’. 

Mais j’avais commencé à écrire avant. En 2017, à New York ; ce que j’avais tourné à New York.

Suis rentrée 1 an plus tard, j’ai tout craché sur des toiles. J’aurais aimé qu’elles soient rouges, mais elles ont décidé d’être plus tendres.

Pourtant, pour de la tendresse… 0 soit zéro, rien, nada de la part de la chanteuse bleue. 

A part peut-être pour cet album misérable qui pourrit dans mon armoire, comme dans mon être. 

Bien. Toujours beaucoup de colère je vois. 

J’enlève Cohen, je mets, comme si j’avais un tourne-disque, le mix que j’ai enregistré hier matin et intitulé ‘A Darker Shade of Purple’. Ça commence avec Polo & Pan, qui m’ont fait danser comme une dingue à Decks on the Beach il y a 2 ans.

Ça continue avec Terranova et cette chanson qui me tue gentiment dans le creux du ventre, Make Me Feel.  

Et puis le set s’envole un petit peu, des moments classiques par-ci par-là, ça monte en douceur, je monte avec… 

C’est la St. Valentin aujourd’hui ou la commémoration de l’assassinat de Hariri. 

Et on en est encore là.

Pas de mots. 

Plus de mots.

Bon je zappe de chanson encore.

… en fait, c’est vraiment le temps ça ces derniers jours à Beyrouth. Il fait un gris que je n’ai pas vu ici depuis longtemps – un gris de gris, direct sorti du tube en gris spécial déjà mixé.

J’ai un tableau sur mon chevalet. ‘Me suis acharnée dessus pendant 2 jours. Puis j’ai arrêté. Il n’est pas fini. Il ne le sera probablement pas, quand je laisse trainer, c’est en général parti pour un long moment. Je sais ce qu’il lui faut, je vois où sont les faux pas, seulement ça a été trop facile, on n’a pas assez dansé, tangué.

Samedi 15 Février

Les forces de l’ordre ont certainement dû bien tabasser les Thouar hier. 

La révolution continue.

Quand elle a commencé, je n’étais pas là. Le premier mois de la révolution, j’étais coincée dans un trou perdu de Floride, Gainesville. J’ai pris mes clics et mes clacs peu de temps après l’expo. Me suis dite que Beyrouth, c’était fini. C’est que nous avons une relation très passionnelle. 

Mais du coup, je n’ai pas baigné dans ses feux, j’ai regardé de loin, observé. Moi qui disais toujours qu’on peut vivre là où on veut dans le monde mais qu’on a des racines que dans un endroit, j’étais partie.

2 jours il m’avait fallu pour revenir. J’ai quitté Gainesville je pense un Dimanche matin à 8h. J’ai fait 2 heures de bus pour arriver à Orlando, j’ai attendu à Orlando longtemps, puis j’ai pris un vol à New York, 4h30 d’escale. De New York je suis allée à Madrid, 4h d’escale, puis de Madrid à Barcelone – où je me suis reposée quelques jours avant de rentrer. On aurait dit que je revenais de Nouvelle Zélande. 

Une amie que j’aime beaucoup M., s’est installée dans une tente depuis le jour 3. 

Je suis descendue dans la rue.

J’ai revu M et tout le monde.

J’ai fait mon seul tableau sur la révolution : M. 

Glissent les rouges pourpres

Les oranges amères

D’un magma en fusion surgit le drapeau national.

Brandi par une foule noire de colère, dans un relent suffocant de souffre, 

Le mot RÉVOLUTION est en ébullition.

Des montagnes aux plaines, du nord au sud. Le mot JUSTICE atteint le bleu du large aux abysses bien sombres.

M….. comme M A G M A…

Jean-Dominique Jacquemond

Paris, 9 décembre 2019

Par la suite, j’ai remarqué que la révolution, dans l’art, est très vite devenue du Marketing. Les galeries commençaient à organiser des expositions autour d’un art qui est né dans la rue, qui est pour la rue, spontané, rouge – pour le mettre sur des murs bien propres, qui puent le blanc. 

Maintenant, la révolution, je la regarde froidement. J’avais compris le truc dès le départ, c’est une révolution pas nationale mais à l’échelle mondiale qui devait avoir lieu si on espérait avoir un semblant de changements. Les corporations, les lobbies, les médias, tout tout tout devrait y passer… au moulin. Zoum Zoum, comme dirait Polo & Pan, ça devrait tourner, tourner jusqu’à ce que ça se transforme, comme en chimie, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. – Elle est restée bien coincée dans ma tête depuis l’école. 

Il est 8h44.

Louise & Thelma – French 79

… J’espère juste que je réussirai à terminer ça, ce que j’écris.

Pourvu que ça ait une fin.

Que je puisse la mettre dans une boite,

La ranger sous une étagère,

Dans ma tête qui s’envole

Sous le poids, enfin le non-poids plutôt,

De pierres de Mars.

Dimanche 16 Février

J’écoute là l’album ‘Aventine’ de Agnes Obel.

Un très, très bel album, très calme, envoutant, parfait pour le petit matin.

J’ai mal dormi cette nuit, trop dormi cette nuit.

Il est 6h20, j’ai fini mon premier café, je fume…

J’ai toujours peur d’importuner les gens, c’est que je sais que je peux être très intense. J’essaye souvent de me faire toute petite, comme un enfant. Parfois ça marche, je vole entre l’un et l’autre, l’enfant, l’autre… la femme. 

Pendant des années, ma mère avait appelé ma copine ‘l’autre’. 

L’autre en l’occurrence, c’était mon premier amour, maintenant, une partie de ma famille, de moi. 

Ce matin, un bleu clair, teinté d’aplats blancs par-ci par-là. 

Du gris, oui, toujours… des nuages encore, pas mal. 

C’est calme.

Mon jour préféré de la semaine.

Je suis née un Dimanche.

Le 14/4/1985

Je gardais sur mon bureau, le faire part de ma naissance. Je l’ai enlevé finalement l’année dernière. J’ai décidé d’être moi-même heureuse d’être là, d’être née, d’avoir grandi, d’être encore là, malgré tout, titubant mais droite. 

Droite, enfin entendons-nous. Je sens souvent quand je marche, que je marche penchée ; pas au niveau du cou et des épaules non. Plutôt penchée de manière oblique, comme si je n’avais pas compris où, en général, de moi ou de la ville, était le haut du bas. Comme si je vivais dans un monde à l’envers et pour pas rater un côté ou l’autre, je penche. Comme un bateau, un navire plutôt. Voilà, oui c’est plus ça pour moi, du surf. Je regarde au loin, je vois la vague venir et j’essaye de la prendre. ‘suis juste un peu rouillée aux niveaux des genoux, peut-être pour ça que je reste droite par ailleurs.

Je tombe.

J’aime bien tomber, quand c’est doux, dans de l’eau.

Plouf.

J’ai nagé ! Dans l’océan, en Floride, là. 

Oui. 

C’était une belle journée, une belle plage et un océan, pas la mer, l’océan.

C’est grand l’océan, ça fait du bruit même, plus que la mer. 

On était resté jusqu’à ce que la nuit tombe, et qu’une lune en croissant se dresse verticalement dans le ciel, avec une belle étoile bien pétillante au bout.

  • Je rêve trop, faut que je redescende un peu, un chouïa.

** juste pour m’assurer

Un peu. Une petite quantité.

Elle vient de l’arabe maghrébin où ‘chouya’ signifie ‘un peu’. L’orthographe varie un chouïa, puisqu’on trouve aussi ‘chouia’, ‘chouya’ ou ‘chouilla’.

Dominique dit toujours ce mot, je viens de réaliser que ça vient de l’Arabe en fait.

‘Je peins et j’écris – je vends mes mots, au marché du Dimanche… au poids’.

Oui, elle m’avait beaucoup fait rire cette scène entre Amira Casar, Camille, et Alexandra London, Ariane dans Pourquoi pas moi ? En l’occurrence, Ariane faisait une sorte de semi-crise existentielle au fond d’un lit, et Camille lui répond de manière très sarcastique ‘… et tu iras vendre tes mots au marché du Dimanche. Au poids.’ Et elle quitte leur appartement. 

Ce film, un film léger, doux, coloré, gai. Je l’ai fait regarder à ma mère quand j’avais 19 ans, quand je l’ai découvert. 

Elle a pleuré.

Elle e a tellement pleuré qu’elle n’a pas pu voir tout le film, qui en fait, est un de mes films préférés. 

Il est 10h24. 

Elle est revenue dans ma tête, la chanteuse bleue.

Je l’écoute là.

Ouf, j’ai le souffle coupé.

Je hausse le volume.

Je regarde d’un coin l’écran.

Non. 

Non, non, et non.

Je change tout de suite.

‘Words are dead’ de Agnes Obel, encore de cet album, ‘Aventine’.

Elle m’a trop fait de mal l’autre c****.

Bon ce n’est pas gentil. Mais merde oh ! j’ai le droit aussi.

Quelle douleur j’ai vécu quand j’avais compris. Une douleur à avoir été, moi-même, aussi conne. Oui, conne. À la Brigitte Fontaine…

Bien conne quoi. 

… c’est moi.

Aujourd’hui, j’essaye de tourner la page. De quoi ? Je ne sais pas. C’était une histoire platonique. Même qu’on ne s’était jamais embrassées.

Punaise. Non. Pas encore, 10 ans plus tard, ça suffit. Van. Van. … – Vroom vroom.

Barbara. Barbara apparait, la Dame en Noir… 

Lundi 17 Février

… Je remets mon coup de cœur de ces derniers temps : Anvil de Lorn, soit Marcos Ortega, un musicien Américain. 

C’est bon ça. Électro. Downtempo. Tout doux mais la basse explose. Comme j’aimerais un jour mettre ce morceau, sur une vraie Sound system. Bam… Bam. B-Bam.  

Une fois, il n’y a pas longtemps d’ailleurs, j’ai accompagné un ami à une soirée privée. 

Vers la fin, on papotait avec une amie DJ et mon pote lui raconte comment j’avais failli tomber dans le baffle un peu plus tôt – un baffle, comme ceux des gramophones, magnifique. 

50,000$ le baffle, elle a dit.

J’ai eu de la chance. 

Il est 4h00 là. Comme j’ai trop dormi hier, et que j’aime profondément le matin, me revoilà. 

Moi qui ai toujours regardé les relations en tant que partage qui se construit, qui se transforme au fil du temps. Là, coupure nette, grand Bam.

Une amie à ma mère, que j’adore, me la dit une fois. ‘C’est parce que tu es trop libre dans ta tête’… ‘ça embête des personnes, tu comprends ?’.

Bon hop, café #2. 

Après avoir peint ‘ceux qui rêvent’ de Pomme. J’écoute là ‘À peu près’.

La chanteuse bleue n’est pas vraiment, enfin pas trop sortie de ma tête, pas encore.

Mais, je suis prête. Il fallait écrire ces mots. 

Je l’aurais bien écouté un peu mais je n’ai pas internet en ce moment à la maison. Et je ne garde pas sa musique sur mon ordi, enfin, sauf mon album. 

‘Ceux qui rêvent’ de Pomme revient. Parfois je me dis que la musique essaye de me dire quelque chose, de me montrer le chemin comme… c’est ce que je pensais du moins. Jusqu’au jour où, je l’ai rencontré, en chair et en os, en femme, grande. 

Internet marche de nouveau… sa guitare écho… elle revient de loin. 

Enfin. Sa voix.

Mais non je n’aime pas cette version.

Je remets la version officielle. 

Elle est plus lente, plus tendre.

Là, tu parles de moi, c’est à moi que tu dis ces belles choses. Tu trouves ? 

… ben, oui quelque part je savais.

Tu te rappelles quand tu m’as demandé c’était quoi ma plus belle chanson de cette soirée, cette soirée-là où, comme d’habitude, tu es venue du début jusqu’à la fin. Comme d’habitude, tu m’avais félicitée, tu avais dansé, chanté même.

Tu étais toi, et moi… moi. 

‘Signed, sealed, delivered’ je t’avais répondu sans penser ‘Stevie Wonder’… depuis, j’ai du mal à la réécouter. 

Non, je n’avais pas pensé, réalisé… Moi, moi je pouvais donc lui plaire… lui ai plu… fut.

Je l’écoute encore… Une chanson avec plus d’espoir cette fois. J’aime ses deux côtés, même si le côté plus triste revient plus, je comprends. 

Je ne veux plus être bleue, moi, je te l’ai renvoyé. C’est toi bleu maintenant. 

Moi je suis verte, un vert émeraude.

Garde ton bleu, tes bleus, les clairs, les foncés, pour toi.

Moi je veux du vert maintenant.

Que vienne le vert !

Pas un vert bouteille, un vert-cassé,

Aplati, anéanti, 

Non… 

Celui-là, y en a trop eu.

  • Je vais mettre ma chanson. Celle où j’ai tout compris.

Un vert, émeraude oui.

Elle commence tout doucement…

Je vais la réécrire tendrement,

En vert velouté,

Élégant,

Bien ponctué par ci, par là.

Comment tout se croise

Nos conversations,

Mes fuites,

Mes silences,

Ta voix.

Ma ville,

Une fenêtre,

– En Arcade,

Je danse…

… mais je sais ce qui vient maintenant.

Mon nom. Il ne fallait pas. Pas de cette manière. Trop lourd est le fardeau d’un massacre que j’ai imaginé. 

Mon nom. Vanessa. Oui, je te l’avais dit,

Je ne signe que mon prénom. 

Et toi, qui chante, qui hurle presque –

10 ans de thérapie. 

Bon. Tu vois ? de la colère toujours.

Et puis la douleur… la douleur d’avoir compris… comme j’ai eu mal. Ne pas avoir vu, moi la peintre, moi l’artiste.

Ha.

Et toi aussi tu parles de ta douleur. Quelle douleur.

Je comprends.

Je suis tellement désolée. 

Voilà. Regarde, je ne parle plus d’espoir. Et il ne s’agit plus de toi. 

Je tourne la page.

Tac.

Mardi 18 Février

Aujourd’hui, ça bloque un peu.

Mais je suis habillée.

Hamdellah.

J’écoute une chanson que tu aimes toi. 

Je t’écoutais même avant.

Moi, avec ma mémoire de ratée, je me rappelle presque de tout ce que tu m’as dit. Presque mot pour mot. Presque où on était, et ce qui jouait – il y avait toujours de la musique. 

C’est ça ce qui nous a uni, qui m’a fait tomber. 

Une phrase de Renée Vivien me revient, “Et je t’adorerai dans l’ombre où sont les âmes”.

Leonard Cohen. Maintenant. 

Je dis ça, je dis rien.

Mais tu savais toi.

Leonard Cohen et son rôle dans ma vie, mon salut, qui je suis.

À l’époque, en 2012, j’écoutais sa chanson la plus triste ‘Came So Far for Beauty’ en boucle. 

La pure vérité, en mélodies, de ce que je vivais cette année-là.

Et toi, tu es partie.

Dans le noir d’une nuit sans flambeaux,

Tu t’es enfuie.

Je ne te poursuivais pas pourtant, 

Je ne voyais pas.

10 ans, une éternité,

Que tu condamnes cette histoire,

À un silence, des ténèbres. 

Y a des chansons de toi, que tu aimes, que j’ai du mal à écouter… je sens qu’elles ont toutes ton parfum. 

L’une d’entre elle joue… sur fond de Leonard Cohen qui murmure que tu as touché son corps parfait avec ton âme. 

Je ne vais pas en dire plus.

Tu sais pourquoi ?

Parce que jusqu’à maintenant, je te protège. Je t’ai protégé dans mon délire et jusqu’à maintenant, comme par défaut, je te protège, j’essaye, toujours. 

Après, je me dis quelque fois que nous sommes toutes les deux majeures et que nous sommes, aussi bien que nous le pouvons, conscientes de la force de nos armes.

Mais si tu penses que tu vas t’en-tirer,

Avec ces fleurs que tu me lances,

Qui refusent de pourrir,

Qui restent,

Feu les saisons,

Feu la journée,

Feu la nuit,

Je les entends tomber,

Du recoin du ciel,

Là ou ton âme résonne.

… Non. 

Il est 19h. 

Je t’écoute encore.

Stop.

Tacoma Trailer… la seule chanson de Cohen sans paroles.

 Mercredi 19 Février 2020

Tout le monde dort. 4h56am. 

J’ai remis mon album. 

J’ai eu peur, pendant longtemps, que ton album ne soit à Rouge, Rouge n’a pas joué franc jeu. Mais bon. 

C’est drôle, avec toi, je ne parle jamais de bonheur. On n’a pas connu ça. 

Toi et moi,

Ça n’a jamais existé.

J’ai gaffé je sais, j’ai gaffé avec plusieurs personnes, j’ai dit ton nom à la fin de chaque histoire, ou presque. Je l’ai terni.

Mais d’un autre côté, t’attendre, parce que je t’ai attendu. 3 ans après que ton album soit sorti. 3 ans de vide, de personne. Ni toi, ni rien, ni même un baiser pendant ces années. C’était ma punition je suppose. Mon autopunition.

Et puis, une belle rencontre, j’ai failli me marier.

Ton nom est revenu, sur le bout de mes lèvres,

Ta voix, ta musique,

M’envahissaient au fil des jours,

A nouveau. 

Feu mes larmes, feu mon cœur,

Tu sais, je dis toujours que je l’ai perdu en 2012.

Mais j’ai envie de le retrouver moi,

Ce cœur opaque. 

Une sorte de grosse pierre

Où sont inscrit tes mots,

Qui surgissent parfois au détour d’un feu rouge,

Dans la fenêtre d’une partie de ma tête.

Je connais tes textes par cœur. Tu devrais mieux prononcer par contre.

Oui, elles sont belles tes paroles. 

… j’aurais pu t’embrasser.

Tu aurais pu m’embrasser,

Si je n’avais pas fui, encore.

Pourquoi je fuyais devant toi ?

C’est vrai, je l’ai beaucoup fait.

Quelque fois j’étais très grande,

Comme quand tu prononçais mon nom,

D’autres, je disparaissais. 

Tu m’avais emmené au bar d’un hôtel sympa. Je me rappelle de tes chaussures. Je t’ai même dessiné dans ton sofa pendant une conférence à la fac peu de temps après ce soir-là. 

Toi et la statuette de femme qu’il y avait dans la salle, toi et un gramophone.

 

En ma défense, tu étais sur un fauteuil, pas un canapé – il n’y avait pas de place pour moi à côté. 

C’est peut-être donc ça. Pas de place pour nous à côtés de nos arts, pour notre histoire, comme si nous avions vendu nos âmes. 

Quelle manière d’essayer de me faire voir. Franchement, quand j’y repense. Une femme bélier te plait et tu ne sais plus quoi faire pour attirer son attention.

Et moi qui enchaine comme une conne, ah bon, qui est-ce…

Une femme, euh plus âgée tu avais répondu de manière tarabiscotée. 

Et je me suis énervée. 

Tu étais chez moi, le soir du nouvel an, le soir du réveillon.

Nous étions une dizaine peut être.

J’ai toujours des frissons quand je passe à côté du coin de la salle à manger où tu m’avais prise à part pour me parler. 

Pour la première fois depuis que s’est arrivé, j’en rigole.

Qu’est-ce que nous étions bêtes toutes les 2.

Bêtes et on ne se confiait à personne qui puisse nous guider.

Je suis longtemps restée dans le silence,

Toi tu as tout de suite chanté.

Eh bien, c’est mon tour.

Tu m’as tellement aimé donc. Tu as tellement espéré. Et moi, j’ai tout balancé.

Tu m’avais demandé de continuer la soirée avec toi, ce fameux réveillon, tellement j’étais blessée, j’ai refusé. Tu es partie, je me souviens de ton manteau un beige-marron non ? qui disparaissait derrière la porte. Je n’avais pas pu lever les yeux.

Ça fait mal et j’ai faim. Je vais changer la musique. Mais, quoi mettre ? c’est dur.

Je continue d’écouter. 

Merci.

Désolée.

Ma thérapeute m’avait encouragé à chanter, mais je n’ai pas une belle voix.

Je t’aurais alors répondu, d’égal en égal.

Je me rattrape un petit peu en étant dj. 

J’écoute tes chansons d’après aussi. Beau parcours. Triste mais beau. 

Toi aussi, tu ne lâches pas.

Sur ton site. Je n’arrive pas à croire. Et je ne connaissais pas ça. 

J’écoute. 

Tu m’utilises en fait. C’est ça, non ? Tout comme moi. Je le fais maintenant, pas pour toi, pour quelque chose d’autre. C’est ma silhouette là que tu dessines ? 

Oh. Ohhh. Mais qu’est-ce que tu dis ? Pourquoi tu dis ça ? 

C’est de cette manière alors que ça doit se faire.

Pas de moi à toi directement, mais avec des lettres, autour d’un jeu.

Tu ne m’expliqueras pas les règles. Il n’y a pas de règles.

Je vois. 

Je te dis, je vois. 

Mais je n’arrive pas encore à peindre. 

Et puis je t’ai assez peinte. Tu avais compris ma peinture avant moi. Tu m’y as retrouvé même. Tu m’écoutais quand je te parlais de Dominique qui me prévenait d’une tempête dans mon ciel. C’était sur mon tableau ‘Porte et fenêtres’ aussi tableau portrait de Dominique.

 

Moi je ne l’avais pas vu l’orage. Je peignais, juste.

Après, je l’ai senti. Bien comme il faut.

Il y a beaucoup de tendresse dans ta voix. Oui, c’est vrai, je suis d’accord. D’accord, je patienterai. Tu viendras ? Ah bon, à ce point… 

C’est beau ça.

Oui, mais enfin tu sais que j’y crois aussi, à l’amour, au vrai.

Y a des choses qu’on n’a pas besoin de se dire je crois.

Mais ce silence. Mais tu me parles là, non ? dans quelques œuvres, derrière quelques mots… tu me fais des clins d’œil. J’aime bien ça. 

Je retombe sur ta douleur, et ta rage…

Désolée. 

Je ne savais pas. 

… je n’avais pas le courage. 

Moi aussi je me se suis retrouvée pendant ce temps, perdue, perdue retrouvée, retrouvée perdue, ainsi de suite. 

Toi, comment tu vas ces jours-ci ?

Je t’écoute.

Bravo.

J’aime.

Cette mélodie, ce que tu dis… 

Quand je repense au nombre de cœurs que j’ai détruit, ton nom, toi la chanteuse bleue, au bout de la langue… Mais tu le savais ça déjà, je t’avais raconté, sans la fin, mais une version des fins qu’il y a eu, avant que tu ne disparaisses. 

10ans. 10ans que ça dure. Mais qu’est-ce qui dure ? Moi dans mon délire sans-doute.

Tu avais refusé de répondre quand, en une sorte de transe, au bord de la Tamise, je t’avais demandé à qui était destiné l’album. Comme moi j’avais menti quand tu m’as demandé pour qui je suis venue à Londres. À quoi jouions nous ?

Moi, sincèrement, je ne voyais pas. Ça ne rentrait pas dans ma tête. L’idée que je puisse te plaire. 

Dominique m’a beaucoup aidé à prendre confiance, dans mes armes au-départ et puis petit à petit, mes pinceaux sont devenus ma main, mes mots, des tourbillons, tout comme mes lunes dans mes toiles. 

Là, par contre, en écriture je sais pas du tout ce que je fous. En peinture, 10 ans de travail presque tous les jours plus tard, je peux pondre un tableau, pas mal, en 1h30 à peu près, mais sans peps ces jours-ci. Je n’ai pas trouvé le moyen encore de prendre la toile par la main et de la faire tourner. 

Je me dis que ça viendra. Petit à petit, je me relève, encore. 

La Marée Haute, de Lhasa de Sela me revient. « La route chante, quand je m’en vais. Je fais trois pas, la route se tait. La route est noire, à perte de vue. Je fais trois pas, la route n’est plus… » – voilà le début de ce morceau.

Jeudi 20 Février

Vendredi 21 Février 2020

Hier, j’étais en grève. Pas de marché ce Dimanche. 

Je vais t’écouter un peu plus, pour voir quoi écrire, ne pas écrire.

Une lueur se dresse à l’horizon,

Comme un prélude à un soleil.

Je me demande si tu l’emmèneras aussi celui-là, 

Sous ta cape bleue,

Pour ne le garder que pour toi. 

Peut-être un jour le partageras-tu ?

Une nuit d’étoiles filantes,

Sur le haut d’une montagne.

Je te dis tout de suite,

Je choisis la musique,

Toi tu peux chanter.

Maintenant je mets de nouveau Louise & Thelma de French 79.

Une fusée spatiale,

Pour nous faire tourner.

Mais on est assises,

Côte à côte contre une pierre,

Les pieds qui se balancent dans le vide

De la falaise qui se dresse,

Un chouya plus loin.

Tu sais, je me suis toujours vue en argentée,

Bien que ma couleur préférée soit le vert émeraude.

Toi tu seras un point bleu

Et moi argenté.

C’est joli ensemble je trouve,

Les deux couleurs.

Comme si elles s’éclairaient,

S’amplifiaient dans les braises de la nuit. 

Du bleu dans une ville fantôme