{"id":3636,"date":"2022-09-18T03:46:55","date_gmt":"2022-09-18T10:46:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/?page_id=3636"},"modified":"2022-09-29T13:12:19","modified_gmt":"2022-09-29T20:12:19","slug":"la-chanteuse-bleue","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/index.php\/la-chanteuse-bleue\/","title":{"rendered":"La chanteuse bleue"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Texte illustr\u00e9 par les dessins de Dominique Le Tricoteur dans le livre, Le Cirque, merveilleusement mis en page par Diptic Design Agency (Paris, 2021)<\/li><\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/La-chanteuse-bleue-Dessin-14x215cm-2012.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"391\" height=\"332\" src=\"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/La-chanteuse-bleue-Dessin-14x215cm-2012.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3637\" srcset=\"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/La-chanteuse-bleue-Dessin-14x215cm-2012.jpg 391w, https:\/\/www.vanessagemayel.com\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/La-chanteuse-bleue-Dessin-14x215cm-2012-300x255.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 391px) 100vw, 391px\" \/><\/a><figcaption>Dessin, 14x215cm, 2012<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><u>La chanteuse bleue<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un vert s\u2019est \u00e9lev\u00e9 \u00e0 travers le micro que tenait le funambule sur son fil en dentelle, le vert de sa voix enfin a rejailli au-dessus du bleu, des bleus, pour grimper et grimper plus haut encore dans un \u00e9lan qui vise toujours la lune. Sa voix, la voix verte, la voil\u00e0\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour avoir tourn\u00e9 cette fois, j\u2019ai bien tourn\u00e9, je suis mont\u00e9e voir Cohen dans son&nbsp;<em>Tower of Song<\/em>, lui aussi, tellement seul qu\u2019il entendait Hank Williams tousser au 100e \u00e9tage.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019adore ces quelques notes bien prononc\u00e9es de piano par-ci par-l\u00e0 dans la chanson, comme si elles rigolaient un peu. Se suivent, se s\u00e9parent pour nous laisser suspendus quelque part.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019enl\u00e8ve Cohen et je mets, comme si j\u2019avais un tourne-disque, l\u2019album&nbsp;<em>Aventine<\/em>&nbsp;de Agnes Obel, un peu aussi comme si j\u2019\u00e9tais la magicienne de mes silences.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin, un bleu clair, teint\u00e9 d\u2019aplats blancs par-ci par-l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Du gris, oui, toujours\u2026 des nuages encore, pas mal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est calme.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon jour pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de la semaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis n\u00e9e un dimanche.<\/p>\n\n\n\n<p>Je gardais sur mon bureau, le faire part de ma naissance. Je l\u2019ai enlev\u00e9 finalement l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre moi-m\u00eame heureuse d\u2019\u00eatre l\u00e0, droite, enfin entendons-nous. Je sens souvent quand je marche, que j\u2019avance de mani\u00e8re pench\u00e9e\u2009; pas au niveau du cou et des \u00e9paules non. Plut\u00f4t pench\u00e9e de mani\u00e8re oblique, comme si je n\u2019avais pas compris o\u00f9, en g\u00e9n\u00e9ral, de moi ou de la ville, \u00e9tait le haut du bas. Comme si je vivais dans un monde \u00e0 l\u2019envers et pour pas rater un c\u00f4t\u00e9 ou l\u2019autre, je tangue. Comme un bateau, un navire plut\u00f4t. Voil\u00e0, oui c\u2019est plus \u00e7a pour moi, du surf. Je regarde au loin, je vois la vague venir et j\u2019essaye de la prendre. \u00ab\u2009Suis juste un peu rouill\u00e9e au niveau des genoux, peut-\u00eatre pour \u00e7a que je reste droite par ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tombe.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime bien tomber, quand c\u2019est doux, dans de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Plouf.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis me relever, tenter de dompter les vagues qui rejaillissent au rythme de mes souvenirs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est 10&nbsp;h&nbsp;24.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est revenue dans ma t\u00eate, la chanteuse bleue.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019\u00e9coute l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Ouf, j\u2019ai le souffle coup\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je hausse le volume.<\/p>\n\n\n\n<p>Je regarde d\u2019un coin l\u2019\u00e9cran.<\/p>\n\n\n\n<p>Non.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Non, non, et non.<\/p>\n\n\n\n<p>Je change tout de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle douleur j\u2019ai v\u00e9cue quand j\u2019avais compris. Une douleur \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9, moi-m\u00eame, aussi conne. Oui, conne. \u00c0 la Brigitte Fontaine\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Bien conne quoi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 c\u2019est moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Punaise. Non. Pas encore, dix ans plus tard, \u00e7a suffit. Van. Van. \u2026 \u2013&nbsp;Vroom vroom.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne est vide, la sc\u00e8ne est noire, les lumi\u00e8res vont bient\u00f4t s\u2019allumer. J\u2019y suis debout moi pourtant, moi\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Moi qui ai toujours regard\u00e9 les relations en tant que partage qui se construit, qui se transforme au fil du temps. L\u00e0, coupure nette, grand Bam.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir peint&nbsp;<em>Ceux qui r\u00eavent<\/em>&nbsp;de Pomme. J\u2019\u00e9coute l\u00e0&nbsp;<em>\u00c0 peu pr\u00e8s<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois je me dis que la musique essaye de me dire quelque chose, de me montrer le chemin comme\u2026 c\u2019est ce que je pensais du moins. Jusqu\u2019au jour o\u00f9, je l\u2019ai rencontr\u00e9e, en chair et en os, en femme, grande.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 sa guitare \u00e9cho\u2026 elle revient de loin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin. Sa voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais non je n\u2019aime pas cette version.<\/p>\n\n\n\n<p>Je remets la version officielle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est plus lente, plus tendre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, tu parles de moi, c\u2019est \u00e0 moi que tu dis ces belles choses. Tu trouves\u2009?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 ben, oui quelque part je savais.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, non, je n\u2019avais pas pens\u00e9, r\u00e9alis\u00e9&#8230; Moi, je pouvais donc lui plaire\u2026 lui ait plu&#8230; fut.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019\u00e9coute encore\u2026 Une chanson avec plus d\u2019espoir cette fois. J\u2019aime ses deux c\u00f4t\u00e9s, m\u00eame si le c\u00f4t\u00e9 plus triste revient plus, je comprends.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne veux plus \u00eatre bleue, moi, je te l\u2019ai renvoy\u00e9. C\u2019est toi bleu maintenant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Moi je suis verte, un vert \u00e9meraude.<\/p>\n\n\n\n<p>Garde ton bleu, tes bleus, les clairs, les fonc\u00e9s, pour toi.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi je veux du vert maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Que vienne le vert\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p>Pas un vert bouteille, un vert cass\u00e9&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aplati, an\u00e9anti,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Non\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Celui-l\u00e0 y en a trop eu.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais mettre ma chanson. Celle o\u00f9 j\u2019ai tout compris.<\/p>\n\n\n\n<p>Un vert, \u00e9meraude oui.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle commence tout doucement\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais la r\u00e9\u00e9crire tendrement,<\/p>\n\n\n\n<p>En vert velout\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9l\u00e9gant,<\/p>\n\n\n\n<p>Bien ponctu\u00e9 par-ci, par-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment tout se croise<\/p>\n\n\n\n<p>Nos conversations,<\/p>\n\n\n\n<p>Mes fuites,<\/p>\n\n\n\n<p>Mes silences,<\/p>\n\n\n\n<p>Ta voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma ville,<\/p>\n\n\n\n<p>Une fen\u00eatre,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En arcade,<\/p>\n\n\n\n<p>Je danse&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 mais je sais ce qui vient maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon nom. Il ne fallait pas. Pas de cette mani\u00e8re. Trop lourd est le fardeau d\u2019un massacre que j\u2019ai imagin\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon nom. Vanessa. Oui, je te l\u2019avais dit,<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne signe que mon pr\u00e9nom.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et toi, qui chantes, qui hurles presque \u2014<\/p>\n\n\n\n<p>Dix ans de th\u00e9rapie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bon. Tu vois\u2009? De la col\u00e8re toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis la douleur\u2026 la douleur d\u2019avoir compris\u2026 comme j\u2019ai eu mal. Ne pas avoir vu, moi la peintre, moi l\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Ha. Artiste-clown oui, c\u2019est bien \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Et toi aussi, tu parles de ta douleur. Quelle douleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Je comprends.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis tellement d\u00e9sol\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la foule de m\u00e9lodies qui me remontent \u00e0 la t\u00eate, je me transforme en acrobate tout d\u2019un coup et me met \u00e0 jongler entre ses morceaux de nouveau. Ils m\u2019apaisent. Tu le connais bien toi, Leonard Cohen.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je dis \u00e7a, je dis rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tu savais.<\/p>\n\n\n\n<p>Leonard Cohen et son r\u00f4le dans ma vie, mon salut, qui je suis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, en 2012, j\u2019\u00e9coutais sa chanson la plus triste&nbsp;<em>Came So Far for Beauty<\/em>&nbsp;en boucle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La pure v\u00e9rit\u00e9, en m\u00e9lodies, de ce que je vivais cette ann\u00e9e-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Et toi, tu es partie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le noir d\u2019une nuit sans flambeaux,<\/p>\n\n\n\n<p>Tu t\u2019es enfuie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne te poursuivais pas pourtant,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne voyais pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Dix ans, une \u00e9ternit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Que tu condamnes cette histoire,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 un silence, des t\u00e9n\u00e8bres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 sur fond de Leonard Cohen qui murmure que tu as touch\u00e9 son corps parfait avec ton \u00e2me.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne vais pas en dire plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu sais pourquoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que jusqu\u2019\u00e0 maintenant, je te prot\u00e8ge. Je t\u2019ai prot\u00e9g\u00e9e dans mon d\u00e9lire et jusqu\u2019\u00e0 maintenant, comme par d\u00e9faut, je te prot\u00e8ge, j\u2019essaye, toujours.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s, je me dis quelquefois que nous sommes toutes les deux majeures et que nous sommes, aussi bien que nous le puissions, conscientes de la force de nos armes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si tu penses que tu vas t\u2019en tirer,<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ces fleurs que tu me lances,<\/p>\n\n\n\n<p>Qui refusent de pourrir,<\/p>\n\n\n\n<p>Qui restent,<\/p>\n\n\n\n<p>Feu les saisons,<\/p>\n\n\n\n<p>Feu la journ\u00e9e,<\/p>\n\n\n\n<p>Feu la nuit,<\/p>\n\n\n\n<p>Je les entends tomber,<\/p>\n\n\n\n<p>Du recoin du ciel,<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 ton \u00e2me r\u00e9sonne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 Non.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est 19&nbsp;h.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je t\u2019\u00e9coute encore. J\u2019essaye de dompter ou de dresser peut-\u00eatre, mes souvenirs de toi qui repassent en boucle.<\/p>\n\n\n\n<p>Stop.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Tacoma Trailer<\/em>\u2026 la seule chanson de Cohen sans paroles.<\/p>\n\n\n\n<p>Feu mes larmes, feu mon c\u0153ur,<\/p>\n\n\n\n<p>Tu sais, je dis toujours que je l\u2019ai perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais j\u2019ai envie de le retrouver moi,<\/p>\n\n\n\n<p>Ce c\u0153ur opaque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une sorte de grosse pierre<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 sont inscrits tes mots,<\/p>\n\n\n\n<p>Qui surgissent parfois au d\u00e9tour d\u2019un feu rouge,<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la fen\u00eatre d\u2019une partie de ma t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Je connais tes textes par c\u0153ur. Tu devrais mieux prononcer par contre.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, elles sont belles tes paroles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 j\u2019aurais pu t\u2019embrasser.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu aurais pu m\u2019embrasser,<\/p>\n\n\n\n<p>Si je n\u2019avais pas fui, encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi fuyais-je devant toi\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est vrai, je l\u2019ai beaucoup fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelquefois j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s grande,<\/p>\n\n\n\n<p>Comme quand tu pronon\u00e7ais mon nom,<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres, je disparaissais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu m\u2019avais emmen\u00e9e au bar d\u2019un h\u00f4tel sympa. Je me rappelle de tes chaussures. Je t\u2019ai m\u00eame dessin\u00e9e dans ton sofa pendant une conf\u00e9rence \u00e0 la fac peu de temps apr\u00e8s ce soir-l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Toi et la statuette de femme qu\u2019il y avait dans la salle, toi et un gramophone.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma d\u00e9fense, tu \u00e9tais sur un fauteuil, pas un canap\u00e9 \u2014 il n\u2019y avait pas de place pour moi \u00e0 c\u00f4t\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre donc \u00e7a. Pas de place pour nous \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nos arts, pour notre histoire, comme si nous avions vendu nos \u00e2mes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle mani\u00e8re d\u2019essayer de me faire voir. Franchement, quand j\u2019y repense. Une femme B\u00e9lier te pla\u00eet et tu ne sais plus quoi faire pour attirer son attention.<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi qui encha\u00eene comme une conne, ah bon, qui est-ce\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une femme, euh plus \u00e2g\u00e9e tu avais r\u00e9pondu de mani\u00e8re tarabiscot\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et je me suis \u00e9nerv\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu \u00e9tais chez moi, le soir du Nouvel An, le soir du r\u00e9veillon.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9tions une dizaine peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai toujours des frissons quand je passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du coin de la salle \u00e0 manger o\u00f9 tu m\u2019avais prise \u00e0 part pour me parler.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la premi\u00e8re fois depuis que c\u2019est arriv\u00e9, j\u2019en rigole.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que nous \u00e9tions b\u00eates toutes les deux.<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00eates et on ne se confiait \u00e0 personne qui puisse nous guider.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis longtemps rest\u00e9e dans le silence,<\/p>\n\n\n\n<p>Toi tu as tout de suite chant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, c\u2019est mon tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu m\u2019as tellement aim\u00e9e donc. Tu as tellement esp\u00e9r\u00e9. Et moi, j\u2019ai tout balanc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu m\u2019avais demand\u00e9 de continuer la soir\u00e9e avec toi, ce fameux r\u00e9veillon, tellement j\u2019\u00e9tais bless\u00e9e, j\u2019ai refus\u00e9. Tu es partie, je me souviens de ton manteau un beige-marron non\u2009? qui disparaissait derri\u00e8re la porte. Je n\u2019avais pas pu lever les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a fait mal et j\u2019ai faim. Je vais changer la musique. Mais, quoi mettre\u2009? C\u2019est dur.<\/p>\n\n\n\n<p>Je continue d\u2019\u00e9couter.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Merci.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sol\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma th\u00e9rapeute m\u2019avait encourag\u00e9 \u00e0 chanter, mais je n\u2019ai pas une belle voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Je t\u2019aurais alors r\u00e9pondu, d\u2019\u00e9gal en \u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rattrape un petit peu en \u00e9tant DJ.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9coute tes chansons d\u2019apr\u00e8s aussi. Beau parcours. Triste, mais beau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Toi aussi, tu ne l\u00e2ches pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu m\u2019utilises en fait. C\u2019est \u00e7a, non\u2009? Tout comme moi. Je le fais maintenant, pas pour toi, pour quelque chose d\u2019autre. C\u2019est ma silhouette l\u00e0 que tu dessines\u2009?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Oh. Ohhh. Mais qu\u2019est-ce que tu dis\u2009? Pourquoi tu dis \u00e7a\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est de cette mani\u00e8re alors que \u00e7a doit se faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de moi \u00e0 toi directement, mais avec des lettres, autour d\u2019un jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu ne m\u2019expliqueras pas les r\u00e8gles. Il n\u2019y a pas de r\u00e8gles.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vois.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je te dis, je vois.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je n\u2019arrive pas encore \u00e0 peindre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, je t\u2019ai assez peinte. Tu avais compris ma peinture avant moi. Tu m\u2019y as retrouv\u00e9e m\u00eame. Tu m\u2019\u00e9coutais quand je te parlais de Dominique qui me pr\u00e9venait d\u2019une temp\u00eate dans mon ciel. C\u2019\u00e9tait sur mon tableau&nbsp;<em>Porte et fen\u00eatres<\/em>&nbsp;aussi tableau portrait de Dominique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Moi je ne l\u2019avais pas vu l\u2019orage. Je peignais, juste.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s, je l\u2019ai senti. Bien comme il faut.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a beaucoup de tendresse dans ta voix. Oui, c\u2019est vrai, je suis d\u2019accord. D\u2019accord, je patienterai. Tu viendras\u2009? Ah bon, \u00e0 ce point\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est beau \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, mais enfin tu sais que j\u2019y crois aussi, \u00e0 l\u2019amour, au vrai.<\/p>\n\n\n\n<p>Y a des choses qu\u2019on n\u2019a pas besoin de se dire je crois.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce silence. Mais tu me parles l\u00e0, non\u2009? Dans quelques \u0153uvres, derri\u00e8re quelques mots\u2026 tu me fais des clins d\u2019\u0153il. J\u2019aime bien \u00e7a.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je retombe sur ta douleur, et ta rage\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sol\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne savais pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 je n\u2019avais pas le courage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Moi aussi je me se suis retrouv\u00e9e pendant ce temps, perdue, perdue retrouv\u00e9e, retrouv\u00e9e perdue, ainsi de suite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Toi, comment tu vas&nbsp;ces jours-ci\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Je t\u2019\u00e9coute.<\/p>\n\n\n\n<p>Bravo.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette m\u00e9lodie, ce que tu dis\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais t\u2019\u00e9couter un peu plus, pour voir quoi \u00e9crire, ne pas \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>Une lueur se dresse \u00e0 l\u2019horizon,<\/p>\n\n\n\n<p>Comme un pr\u00e9lude \u00e0 un soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me demande si tu l\u2019emm\u00e8neras aussi celui-l\u00e0,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sous ta cape bleue,<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ne le garder que pour toi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre un jour le partageras-tu\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Une nuit d\u2019\u00e9toiles filantes,<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le haut d\u2019une montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Je te dis tout de suite,<\/p>\n\n\n\n<p>Je choisis la musique,<\/p>\n\n\n\n<p>Toi tu peux chanter.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, je mets de nouveau&nbsp;<em>Louise &amp; Thelma<\/em>&nbsp;de French&nbsp;79.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fus\u00e9e spatiale,<\/p>\n\n\n\n<p>Pour nous faire tourner.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on est assises,<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00f4te \u00e0 c\u00f4te contre une pierre,<\/p>\n\n\n\n<p>Les pieds qui se balancent dans le vide<\/p>\n\n\n\n<p>De la falaise qui se dresse,<\/p>\n\n\n\n<p>Un chouya plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu sais, je me suis toujours vue en argent\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que ma couleur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e soit le vert \u00e9meraude.<\/p>\n\n\n\n<p>Toi tu seras un point bleu,<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi argent\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est joli ensemble je trouve,<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux couleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme si elles s\u2019\u00e9clairaient,<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019amplifiaient dans les braises de la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cirque de mes pens\u00e9es, les violonistes ont vol\u00e9 de trap\u00e8ze en trap\u00e8ze, la m\u00e9lodie a suivi, le rythme a pris la foule, les spectateurs applaudissent, elle est encore sur sc\u00e8ne, mais c\u2019est fini maintenant. Dans le cirque de mes pens\u00e9es, la chanteuse bleue tire sa r\u00e9v\u00e9rence.&nbsp;Au revoir, adieu c\u2019\u00e9tait bon tant que c\u2019\u00e9tait dans ma t\u00eate, les lions rugissent, ils approchent de la sc\u00e8ne. Merci, j\u2019ai vol\u00e9 moi aussi, en belle chute libre. C\u2019est fini maintenant, le vent souffle fort, je le sens contre ma joue, dans mes poumons et d\u2019un dernier souffle je murmure la, lalala\u2026 Avant de tourner la t\u00eate de nouveau pour regarder droit devant moi cette fois.<\/p>\n\n\n\n<p>#Beyrouth #Liban<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte illustr\u00e9 par les dessins de Dominique Le Tricoteur dans le livre, Le Cirque, merveilleusement mis en page par Diptic Design Agency (Paris, 2021) La &hellip; <span class=\"read-more-link\"><a class=\"read-more\" href=\"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/index.php\/la-chanteuse-bleue\/\">Read More &rsaquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"class_list":["post-3636","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3636","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3636"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3636\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3822,"href":"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3636\/revisions\/3822"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.vanessagemayel.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3636"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}